jeudi 27 août 2026
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Cameroun : la conférence panafricaine « Femme-Adapt-Climat » met les femmes au cœur de la résilience climatique

Cameroun : la conférence panafricaine « Femme-Adapt-Climat » met les femmes au cœur de la résilience climatique

La conférence panafricaine « Femme-Adapte-Climat », organisée par l’ONG Migrations et Climat International, sous le parrainage du ministère de l’Environnement, de la Protection de la Nature et du Développement durable (MINEPDED), s’est tenue ce 28 mai 2026 à Yaoundé.

Cette rencontre de haut niveau a réuni des membres du gouvernement, des parlementaires, des représentants d’organisations internationales, des experts, des organisations féminines ainsi que plusieurs acteurs de la société civile autour des enjeux liés au changement climatique, à la migration et à la résilience communautaire.

L’initiative s’inscrit dans le cadre du programme panafricain « Femme-Adapte-Climat », lancé officiellement le 22 mai 2025 à Paris par l’ONG internationale Migrations et Climat (ONG PEC) et l’association Women and Climate Action. Après des étapes en France et au Sénégal, la caravane panafricaine a poursuivi sa tournée au Cameroun afin de mettre en lumière les solutions portées par les femmes africaines face aux défis climatiques.

Les femmes africaines présentées comme des actrices majeures de la résilience

Dans son intervention, Marie Florence Hond, représentante pays de l’ONG Migrations et Climat International, a rappelé que l’Afrique demeure le continent le plus vulnérable aux effets des changements climatiques.

Elle a évoqué les nombreuses contraintes auxquelles les populations africaines sont confrontées, notamment la dépendance à l’agriculture, les sécheresses, les inondations répétitives et les perturbations des activités économiques et agricoles.

Selon elle, les changements climatiques ne sont plus une menace lointaine mais une réalité quotidienne qui bouleverse profondément les équilibres sociaux et économiques. Cette situation entraîne des déplacements forcés de populations et touche particulièrement les femmes, les enfants et les jeunes.

Toutefois, Marie Florence Hond a insisté sur le fait que les femmes africaines ne doivent pas être considérées uniquement comme des victimes. « Elles sont les premières résistantes, innovatrices et porteuses de solutions locales », a-t-elle déclaré.

Les travaux se sont articulés autour de cinq tables rondes consacrées à la gouvernance institutionnelle, la finance climatique, les savoirs endogènes, l’innovation technologique ainsi que l’économie verte.

Les organisateurs ambitionnent de produire des outils concrets, notamment un livre blanc panafricain et un documentaire mettant en lumière les initiatives féminines en matière d’adaptation climatique.

Le gouvernement camerounais plaide pour une meilleure intégration du genre dans les politiques climatiques

Le MINEPDED, Hélé Pierre a souligné le rôle indispensable des femmes dans les stratégies d’adaptation au changement climatique au Cameroun, particulièrement dans les zones rurales où elles occupent une place centrale dans l’agriculture et la gestion des ressources naturelles.

Il a néanmoins relevé plusieurs obstacles qui limitent encore leur pleine participation aux mécanismes de gouvernance climatique. Parmi ces difficultés figurent le faible accès des femmes aux terres, aux financements, aux crédits agricoles, aux technologies adaptées au climat ainsi qu’aux formations techniques spécialisées

Le membre du gouvernement a également regretté l’insuffisance des données axées sur les politiques climatiques, estimant que cette situation freine l’élaboration de réponses adaptées aux besoins spécifiques des femmes.

Face à ces défis, le Cameroun entend renforcer l’intégration de la dimension genre dans les politiques publiques environnementales à travers une approche dite « co-bénéfique », visant à accroître la participation des femmes dans les instances de gouvernance climatique à tous les niveaux.

Prenant également la parole, la ministre de la Promotion de la Femme et de la Famille, Marie Thérèse Abena Ondoua, a rappelé que les changements climatiques aggravent la précarité des femmes, des enfants et des populations rurales.

Elle a expliqué que les femmes sont souvent contraintes de parcourir de longues distances pour accéder à l’eau ou au bois de chauffe, tout en étant davantage exposées aux violences et à l’insécurité en raison de leur vulnérabilité.

Les actions du MINPROFF saluées

La ministre a présenté plusieurs actions mises en œuvre par le MINPROFF pour accompagner les femmes face aux conséquences du dérèglement climatique.

Parmi ces initiatives figurent les campagnes de sensibilisation sur les pratiques environnementales durables, les formations en agriculture résiliente, les programmes de reboisement, la gestion des ressources naturelles ainsi que la promotion des énergies renouvelables.

Le ministère mène également des actions de plaidoyer pour une meilleure prise en compte des besoins spécifiques des femmes dans les politiques nationales et internationales relatives au climat.

Marie Thérèse Abena Ondoua a aussi évoqué l’octroi de matériel agropastoral destiné à réduire la pénibilité du travail des femmes ainsi que l’accompagnement des groupes vulnérables affectés par les catastrophes naturelles.

Migration climatique : l’OIM appelle à une approche transversale

Le Représentant de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), Abdelrahman Diop a insisté sur la difficulté de faire reconnaître juridiquement la migration climatique au niveau du droit international.

Selon lui, malgré l’ampleur des conséquences du changement climatique sur les populations, les personnes déplacées pour des raisons environnementales ne bénéficient pas encore d’un cadre de protection spécifique.

Le chef de mission de l’OIM au Cameroun a indiqué qu’environ un million de personnes sont actuellement déplacées au Cameroun sous l’effet combiné des conflits, des sécheresses et des inondations.

Il a également révélé qu’entre 2017 et 2021, l’OIM Cameroun a accompagné près de 10 000 Camerounais dans des processus de retour volontaire.

Abdelrahman Diop a plaidé pour une approche intégrée prenant en compte simultanément les questions de migration, de genre, d’urbanisation et de santé afin de produire des réponses durables adaptées aux réalités des populations.

Dans le même registre, le président de l’Assemblée nationale, représenté lors de cette rencontre, a salué l’initiative de l’OIM et insisté sur la nécessité de renforcer la concertation entre les institutions nationales et les partenaires internationaux afin d’assurer une meilleure gestion des mouvements de populations liés aux crises environnementales et sociales.

L’intelligence artificielle comme levier d’anticipation climatique

Les nouvelles technologies ont également occupé une place importante au cours des travaux. Le représentant résident de l’IAI Cameroun, Armand Claude Abanda, a mis en avant les opportunités offertes par l’intelligence artificielle dans la prévention des catastrophes naturelles et l’amélioration de la production agricole.

Il a toutefois averti sur les risques d’erreurs lorsque les bases de données utilisées par l’intelligence artificielle ne prennent pas suffisamment en compte les réalités locales africaines.

Selon lui, il est indispensable de former des experts camerounais, notamment des géographes et des agronomes, capables d’alimenter efficacement ces systèmes avec des données fiables et contextualisées.

Il a plaidé pour la numérisation des données agricoles et l’utilisation de capteurs géospatiaux afin d’améliorer les prévisions climatiques, d’anticiper les sécheresses ou les incendies et d’optimiser les rendements agricoles.

Des distinctions honorifiques remises à plusieurs personnalités

Une séquence de distinctions honorifiques a marqué cette conférence panafricaine « Femme-Adapt-Climat ». Plusieurs personnalités institutionnelles, partenaires techniques ainsi que des acteurs engagés dans la promotion de la résilience climatique, de l’inclusion sociale et de l’autonomisation des femmes ont reçu des prix spéciaux en reconnaissance de leurs actions.

Ces distinctions ont récompensé des contributions dans les domaines de la gouvernance climatique, de l’accompagnement des communautés vulnérables, de l’innovation sociale ainsi que de la promotion des initiatives féminines en faveur du développement durable.

Les organisateurs ont souligné que ces récompenses visent à encourager davantage d’initiatives locales et panafricaines portées par des acteurs engagés dans la lutte contre les effets du changement climatique et les migrations forcées.

Une caravane appelée à poursuivre sa tournée en Afrique

Après les étapes de la France, du Sénégal et du Cameroun, la caravane panafricaine « Femme-Adapt-Climat » poursuivra sa tournée en Côte d’Ivoire, en République centrafricaine et au Congo.

À travers cette initiative, les organisateurs souhaitent bâtir une plateforme africaine de réflexion et d’action capable de valoriser les solutions concrètes développées par les femmes africaines face aux défis climatiques, migratoires et sociaux qui touchent le continent.

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