Yaoundé, Cameroun
À l'occasion de la célébration de la Journée Mondiale de l'Aide Humanitaire, ce 19 août, la communauté internationale, les organisations non gouvernementales et le gouvernement camerounais se sont réunis pour dresser un bilan lucide de l'action humanitaire. Alors que les crises se multiplient et se pérennisent dans plusieurs régions du pays, un appel pressant a été lancé pour garantir la sécurité des intervenants de terrain et renforcer la mobilisation financière.
Preneur de parole lors de cette rencontre solennelle, le Dr Issa Sanogo, coordonnateur résident et humanitaire des Nations Unies au Cameroun, a rappelé que cette journée est avant tout un devoir de mémoire et de responsabilité collective envers les femmes et les hommes qui s'engagent au quotidien au service des populations éprouvées par les conflits et les catastrophes naturelles.
« Cette journée est avant tout un mouvement de mémoire, de reconnaissance et de responsabilité collective. Elle nous invite à rendre hommage à celles et ceux qui, souvent dans des conditions extrêmement difficiles et parfois même au péril de leur vie, apportent assistance et protection aux populations touchées par les crises. »
— Dr Sanogo
Un triste record mondial de violences ciblées
Placée cette année sous le thème de la campagne internationale « Agir pour l'humanité » (Act for Humanity), la commémoration dénonce la banalisation dramatique des attaques contre les civils et le personnel de secours. Selon les données publiées par le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), l'année 2025 a une nouvelle fois marqué un sommet tragique dans l'histoire de l'action humanitaire :
907 travailleurs humanitaires tués, blessés ou enlevés dans le monde.
350 vies perdues au service des populations en détresse.
257 victimes concentrées principalement sur les théâtres de crise à Gaza et au Soudan.
Face à cette escalade de la violence, les intervenants ont réaffirmé avec fermeté l'impératif catégorique de respecter le Droit International Humanitaire (DIH). Les attaques ciblant le personnel humanitaire, les convois de ravitaillement et les infrastructures de santé ne constituent pas seulement des violations graves du droit international, mais privent des communautés entières d'un soutien vital.
Les exigences fondamentales formulées :
Protection intégrale des civils : Mettre fin à l'impunité pour toutes les violations commises sur les populations vulnérables et les secours.
Obligation de redevabilité : Veiller à ce que chaque attaque fasse l'objet d'enquêtes rigoureuses et de poursuites judiciaires appropriées.
Garantie d'accès sans entrave : Rappeler que l'accès aux populations en détresse est une obligation légale et morale pour toutes les parties.
Cameroun : Une crise multidimensionnelle complexe
Si ce constat est mondial, la réalité camerounaise demeure tout aussi préoccupante. En 2026, près de 2,9 millions de personnes ont besoin d'une assistance humanitaire d'urgence à travers le territoire national. La détérioration des conditions de vie touche principalement trois grands foyers :
L'Extrême-Nord : Le bassin du lac Tchad reste le théâtre de déplacements répétés de populations en raison de l'insécurité, aggravée cette année par de sévères inondations, l'insécurité alimentaire et une épidémie de choléra ayant déjà frappé plus de 1 200 personnes.
Le Nord-Ouest et le Sud-Ouest : La persistance des tensions armées perturbe l'économie locale, restreint l'accès aux services de santé de base et prive des milliers d'enfants d'une scolarisation normale.
L'Est, l'Adamaoua et le Nord : L'accueil prolongé de dizaines de milliers de réfugiés en provenance des pays voisins crée de fortes pressions sur les infrastructures locales et les ressources de subsistance des communautés hôtes.
Un appel pressant au financement de l'urgence
Pour répondre à cette situation critique, les partenaires humanitaires ont ciblé 1,9 million de personnes parmi les plus vulnérables pour l'année 2026, nécessitant un budget global estimé à 379 millions de dollars US.
Pourtant, le plan de réponse humanitaire se heurte à un assèchement inquiétant des financements. À ce jour, seulement 26 % des ressources financières nécessaires ont été récoltées. Le déficit est encore plus criant dans des secteurs vitaux tels que l'approvisionnement en eau potable, la santé, l'éducation et la nutrition, où le niveau de financement plafonne péniblement à 15 % des besoins requis.
En conclusion de la cérémonie, un hommage appuyé a été rendu à l'État du Cameroun, notamment à la Direction de la Protection Civile du Ministère de l'Administration Territoriale (MINAT), pour son leadership et son accompagnement constant sur le terrain. L'ensemble des parties prenantes a été invité à s'engager résolument vers une « transition humanitaire » inclusive, plaçant la dignité, l'autonomie et la résilience des populations au cœur de chaque intervention.





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